Ferdinand Kerssenbrock - Directeur délégué de la lettre MPS

15 juillet 2013
Ferdinand Kerssenbrock
‘‘Avec le numérique, il faut être curieux et ouvert, c’est-à-dire, essayer tout ce qui passe. Aujourd’hui plus qu’avant, il ne faut avoir aucun a priori. ’’

Vous googlelisez-vous souvent ?
Je suis journaliste, donc toutes mes publications remontent lorsque l’on cherche mon nom. Je ne me googlise donc pas vraiment.
En revanche, cela m’est arrivé suite à la lecture d’un article du Monde citant une revue nantaise. Celle-ci dressait le portrait d’un internaute lambda en ne s’appuyant que sur les traces qu’il laissait sur internet. J’ai été estomaqué par de détail du portrait qui y était dessiné : photos de beuveries, liste de ses anciennes copines, numéro de portable… Tout y était !
Et en cherchant mon nom, j’ai eu moi-même une surprise : une de mes publications avait été reprise sur un site d’extrême droite. C’est là que j’ai vraiment pris conscience des enjeux réputationnels sur internet.

Votre première fois sur internet ?
C’était en 1994 ou 95. Je travaillais alors pour un magazine spécialisé. Un maquettiste m’a expliqué le web et le principe des liens hypertextes. J’ai alors rapidement utilisé le web pour mes recherches personnelles car l’édition papier est un univers de recherche très limité. Je me souviens qu’un de mes premiers réflexes avait été de consulter des documents historiques déclassifiés et auxquels le commun des mortels ne pouvait pas avoir accès auparavant (notamment concernant L’Ecole des Amériques, le centre de l’armée US spécialisé dans la contre-révolution… et la formation aux techniques d’interrogatoire musclés). On peut dire que c’était déjà un embryon inconscient de Wikileaks, un nouvel outil de recherche pour les journalistes qui allait donner naissance au Data Journalism.

Un site ?
Lemonde.fr que je consulte tous les soirs sur mon iPad pour connaître les derniers titres.
Sinon, je suis un très gros consommateur de sites de télévision de rattrapage, les replays de quelques chaînes comme Arte+7 et Canal Plus à la demande. Je fais en effet partie des rares français à ne pas avoir de télévision. Et j’oubliais ! Le site Nationalgeographic.com, très riche en contenus et hyper interactif.

Un outil ?
Je ne sais pas si l’on peut considérer cela comme un outil, mais j’utilise beaucoup les fonctions de recherche avancées de Google. Par exemple, avec l’opérateur de recherche site:nomdusite.fr + le nom d’un répertoire ou d’un dossier, je peux trouver l’ensemble des documents référencés sur un sujet. C’est une mine d’information pour un journaliste.

Un projet, un exemple, un acteur à suivre ?
Je reste dans mon environnement, celui de la presse en ligne. Je suis très attentif aux nouveaux modèles économiques qui vont naître sur internet ces prochaines années. En France, les plus avancés sont Lemonde.fr et Mediapart. Comment se comporteront-ils dans 5 ou 10 ans ? La disparition de Newsweek sous son format papier m’a vraiment fait un choc. La fin d’une ère pour les newsmagazines…

Ce que vous détestez sur internet ?
Le spam évidemment et, au-delà, tous ces gens qui m’envoient des messages ciblés sans s’être intéressé à ce que je fais. C’est une perte de temps et d’argent pour eux, et de temps pour moi.
Autre chose aussi : je suis exaspéré par les « players » de Canal Plus qui ne fonctionnent pas alors que les contenus à la demande de la chaîne sont si riches !

Contribuez-vous personnellement à internet ?
Je rédige à titre personnel plusieurs blogs personnels sur Blogger (NDLR : la plateforme de blogging de Google). Mes centres d’intérêt : les sports de montagne, l’alpinisme, le ski. J’anime aussi le site de mon club de Viet Vo Dao, un art martial vietnamien. Je reste en revanche assez circonspect pour Facebook, mais je ne suis pas pour autant fermé.

L’internet de demain, vous le voyez comment ?
Mobile et encore plus connecté dans nos vies quotidiennes. J’imagine des tablettes partout, intégrées au mobilier et à nos vies. A commencer par la cuisine pour consulter les recettes, tout en écoutant de la musique…

Mais on sera par la force des choses encore plus « trackés ». Cela pose la question du droit à l’indifférence et du droit de regard sur nos traces numériques. La Cnil doit apporter des réponses sur ce point.

Quel métier web conseilleriez-vous à votre fils ou à votre fille ?
Je soutiens le projet professionnel de mon fils qui est de travailler dans le cinéma d’animation, la conception des effets spéciaux, le motion picture. C’est une voie qui mêle à la fois création artistique et technologies numériques. Il trouve via internet de nombreuses sources d’apprentissage et d’inspiration.

3 conseils que vous donneriez à un directeur marketing.
Être curieux et ouvert, c’est-à-dire, essayer tout ce qui passe. Aujourd’hui plus qu’avant, il ne faut avoir aucun a priori. J’ai en effet la conviction que l’on est à un tournant des modèles économiques. Ce qui nécessite une vigilance de tous les instants : nous devons être en veille et en anticipation permanente. Pour vivre dans cet univers instable, une entreprise doit s’adapter, expérimenter de nouveaux modèles.
Pour la presse, nous allons devoir sortir du modèle économique dominant, qui s’appuie sur la seule combinaison « recettes de diffusion + publicité », pour adopter une multiplicité de modèles économiques.
Je prends en exemple la revue XXI (www.revue21.fr). Ces fondateurs ont pris le parti d’aller à contre-courant de la pensée dominante, développée entre autre par Prisma Presse : des papiers courts et bon marché, plus d’entrées, pour s’adapter à des consommateurs qui n’ont plus le temps de lire. XXI propose au contraire des articles longs, une publication papier trimestrielle, un prix de 18€ le numéro, et une diffusion en librairie plutôt qu’en kiosque. C’est le concept du « mook » ou « magazine book ».
La presse va vivre ces prochaines années la même révolution qu’a vécue l’industrie de la musique. Les concerts servaient la promotion des nouvelles sorties et c’était la vente des disques qui assuraient la rentabilité de la maison de disque. La dématérialisation des supports a totalement inversé le modèle économique. David Bowie, Prince, Radiohead proposent leurs albums en téléchargement libre et légal et vivent de leurs concerts.
Quelles conclusions en tirer pour la presse ? La fin des éditions papier est annoncée pour 2020 aux Etats-Unis, en Grande-Bretagne et au Japon. Il faut garder à l’esprit que le premier quotidien japonais, le Yomiuri shimbun, est encore tiré à plus de 10 millions d’exemplaires par jour ! Les prédictions tablent pour l’horizon 2050 pour les quotidiens africains et sud-américains. L’Europe du Sud, dont la France, se situe dans l’entre-deux, autour de 2030.

 

Crédit photo : Thierry Pons/Dépêche Mag

A propos de Ferdinand Kerssenbrock :
Directeur délégué, la lettre MPS (hebdo économique, Dépêche Mag) Depuis septembre 2010, Ferdinand Kerssenbrock dirige le pôle économique de Dépêche Mag. Sa mission : conduire le plan de développement de l'activité de MPS (Midi Presse Service). MPS est le pôle économique de la filiale Dépêche Mag, groupe La Dépêche du Midi, qui édite MPS (hebdo papier et numérique, newsletter quotidienne), le guide électronique Qui fait quoi en Midi-Pyrénées ? et In Toulouse le magazine de l'aéroport.

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