Jean-François Audiguier - Chef de projet Numérique Territorial à l’ARPE

5 septembre 2013
Jean-François Audiguier
‘‘Les territoires mettent en œuvre de nombreuses initiatives online qui placent le citoyen au cœur des processus de participation de la vie locale.’’

Vous googlelisez-vous souvent ?

Très souvent, trop souvent même ! Tout d’abord, je donne beaucoup de conférences, dont les présentations sont ensuite publiées sur Slideshare. Je m’intéresse donc à la « viralisation » de mon travail pour en connaître l’impact sur les réseaux : Comment est-il repris sur Twitter ? Intégré sur les blogs ?

Seconde raison. Il y a deux trois ans, j’ai répondu à une interview du Figaro portant sur les faux avis de voyageurs. Il est étonnant de voir que mes propos ont été repris par énormément de personnes et qu’ils sont encore cités dans des références, des mémoires d’étudiants. Sur internet, l’information a un impact dans l’espace et le temps.

Enfin, j’ai été un peu « traumatisé », et je le suis toujours, par un article de Raphaël Meltz publié sur Le Tigre sur le fameux Marc L. Le journaliste a reconstitué la vie d’un anonyme, sous la forme d’une « portrait Google »,  en ne s’appuyant que sur les traces laissées par lui ou par d’autres sur le web. Et la précision du portrait était effrayante : date de naissance, événements intimes de sa vie, description minutieuse de ses petites amies… Bon, Facebook a depuis revu sa politique de confidentialité !

Votre première fois sur internet ?

Ce doit être en 1997 ou 98, à l’époque où je branchais mon modem à l’unique prise téléphonique de la maison, et où je devais tirer un fil jusque dans mon bureau pour connecter mon ordinateur. Et évidemment, la ligne sonnait occupée pour qui souhaitait me joindre. Et maintenant, les offres triple play, internet, téléphonie, télé, nous paraissent si naturelles ! Qu’est-ce que je faisais ? Comme tout le monde à l’époque je suppose : chatter sur Caramail et aller sur Copains d’Avant.

Un site ?

Je consulte tous les jours le Huffington Post car je suis fan d’actualités en tous genres. J’y trouve de l’information sérieuse ou moins sérieuse, toujours très complète. Et leur ligne éditoriale est dans l’air du temps.

Pour mon activité professionnelle, je vais très souvent sur Netpublic.fr, un portail dédié aux acteurs publics sur lequel je trouve énormément de ressources, de guides, de fiches pratiques. J’y confronte mes idées et m’inspire des initiatives existantes.

Ensuite, j’utilise les plateformes vidéo Youtube et Dailymotion comme des moteurs de recherche à part entière. La vidéo est un média simple et ludique qui peut aussi être sérieux. J’y trouve de l’information professionnelle, des infographies en motion design, ou tout simplement de l’actualité. Mais j’y vais aussi pour comprendre comment réparer mon robinet qui fuit, ou suivre une recette de cuisine filmée sur mon iPad. Une vidéo est toujours plus utile et explicite qu’une fiche technique ou une page de Marmiton.

Un outil ?

Flipboard sur mon iPad ! C’est un agrégateur de flux rss qui met en page l’information tirée de différentes sources sous un format magazine. C’est nettement plus simple que d’aller sur Scoop.it ou suivre la timeline de Twitter. Je passe ainsi très vite en revue l’information dont j’ai besoin.

Un projet, un exemple, un acteur à suivre ?

Aujourd’hui, je regarde ce que font les collectivités sur le web. Les territoires mettent en œuvre de nombreuses initiatives online qui placent le citoyen au cœur des processus de participation de la vie locale. Les collectivités vont maintenant sur internet avec de vraies stratégies et des objectifs précis.

Prenons un exemple que je connais bien avec la ville de Cahors. La ville se posait beaucoup de questions, ne savait pas comment agir concrètement. Et puis ils ont décidé de recruter un community manager, alors que les temps sont durs pour les collectivités ! Mais ils ont une vraie volonté politique de remettre le citoyen au cœur des processus de concertation et cela passe par l’animation communautaire.

Ce que vous détestez sur internet ?

J’adore l’immédiateté du web, un de ses principes directeurs, et je déteste son pendant : le fait de ne pas prendre de recul sur un événement ou une information. Nous sommes dans une situation où un fait est simplement délivré sur internet, sans analyse, ni clé de compréhension. Un événement révélateur de cette situation a été l’arrestation de Dominique Strauss-Kahn. Les journalistes télé se résignaient à lire des  tweets à l’antenne. Or, le journaliste se doit de mettre en perspective l’information qu’il délivre. Certes, certains blogs vont plus loin dans l’analyse, mais l’émergence de Twitter et de son flux continu de tweets limite la prise de recul. Une information en chasse une autre et c’est dommageable pour sa compréhension, son analyse…

Contribuez-vous personnellement à internet ?

Oui, à titre professionnel je publie l’ensemble de mes travaux et présentations sur Slideshare. Ensuite, chaque jour, je publie de l’information sur Paper.li sur des thématiques liées au numérique mais aussi sur des thèmes qui me sont chers comme la politique, l’architecture ou la vie locale. Je les relaie ensuite via Twitter. Je ne m’en sers en fait très peu pour entamer une conversation, et pourtant j’ai plus de 800 followers.

Et bien entendu, je co-anime les outils digitaux du Club de la Com Midi-Pyrénées.

L’internet de demain, vous le voyez comment ?

C’est maintenant une banalité de le dire : internet sera toujours plus mobile. La mobilité est actuellement au cœur de toutes les réflexions, que ce soit pour les entreprises, les institutions ou les marques. Par exemple, les connexions en mobilité se font dans les transports. On profite d’un temps mort pour s’informer, regarder une vidéo, et plus seulement envoyer des sms ou écouter de la musique.

L’internet sera aussi toujours plus connecté avec les objets, c’est une certitude. Si mon réfrigérateur peut commander automatiquement à ma place mon jus de fruit lorsque j’en n’ai plus, cela changera mon quotidien et me permettra de penser à autre chose de plus utile ! Avec un bémol, ce n’est pas créateur de relations humaines.

Quel métier web conseilleriez-vous à votre fils ou à votre fille ?

Community manager, sans hésiter. C’est la première fois dans les métiers de la communication que l’on se met en position de dialogue perpétuel entre une marque et ses clients ou une collectivité et ses concitoyens. Le community mnager porte la parole des cibles de communication vers l’intérieur de la structure. Les retours sont directs, dans la minute et permettent de rapidement corriger le tir ou évoluer dans le bon sens.

Le problème est que les dirigeants, leurs directeurs marketing ou de la communication, n’ont pas encore tous pris en compte l’importance de cette relation directe avec leur audience. Une plaquette papier institutionnelle destinée à 30 personnes sera relue et validée par 5 responsables différents avant  d’être produite et diffusée alors que de l’autre côté du spectre, on laisse parler un community manager à 10 ou 20 000 internautes sans presque aucun regard sur ce qu’il peut écrire. Bien évidemment, le métier se professionnalise et devient de plus en plus au coeur des stratégies. Nous devons réaliser un gros travail de sensibilisation des dirigeants aux bienfaits d’une animation communautaire bien pensée, réfléchie et structurée. Car c’est le seul moyen de bien cerner les attentes des clients ou des citoyens et de leur apporter des réponses et des services adéquates.

3 conseils que vous donneriez à un directeur marketing.

1. Le b-a ba : veiller, ou tout du moins regarder ce qui se dit sur vous ou votre marque, votre entreprise, votre collectivité sur internet. Tout le monde devrait le faire, même les réfractaires les plus durs au web. Parce qu’il est essentiel de connaître et analyser ce que disent les gens qui parlent de vous, ce qui se passe autour de vous…

2. Sensibiliser et former l’ensemble de l’entreprise au digital, aux réseaux sociaux et surtout à tout ce que cela change. Direction comprise, je dirais même surtout la direction ! Si vous n’êtes pas prêts en interne, vous n’arriverez jamais à mettre en place un projet d’ampleur qui fait sens sur le web. Cela doit être intégré par tous, et non plus seulement les communicants : tout commence par l’interne !

3. Revenir aux basiques de toute stratégie de communication : définir des cibles, ses objectifs, les moyens à mettre en place, le message à diffuser, avant de penser aux outils. Les entreprises et les institutions pensent encore trop à utiliser un outil en vogue (Instagram, Pinterest…) avant de se demander ce qu’ils veulent faire. Tous les outils ne sont pas adaptés à n’importe quelle stratégie ou cible. Imaginez une entreprise qui achète tous les panneaux 4 par 3 d’une ville avant de savoir ce qu’elle affichera !

Ensuite, il est important de définir un positionnement éditorial : qui prend la parole ? Que dit-on ? Sur quel ton ? En community management, on écrit une « bible » qui servira de support à chaque action.

Enfin, l’évaluation des résultats  est un autre basique de la communication qui passe souvent à la trappe sur le net : quels sont les indicateurs de performances ? Se satisfaire de voir doubler le nombre de ses fans sur Facebook n’a pas de sens si ces même fans ne correspondent pas à votre cible de communication, a votre stratégie et vos objectifs.  Vous devez prendre en compte l’ensemble des indicateurs et statistiques disponibles  quantitatifs et qualitatifs pour évaluer votre action.

A propos de Jean-François Audiguier :
Jean-François Audiguier, 35 ans, est chef de projet Numérique Territorial à l’ARPE, Agence régionale du développement durable. En charge du web social et collaboratif, il mène depuis 3 ans un programme de sensibilisation et d’accompagnement d’acteurs publics de Midi-Pyrénées sur leurs projets digitaux. Après un passé dans la communication politique et dans le marketing, il a intégré récemment l’équipe de l’ARPE à la suite de cinq années à l’Ardesi, Agence régionale du numérique. Il co-anime également la commission « digital » du Club de la Com Midi-Pyrénées après en avoir été l’un des Vice-présidents jusqu’en juin dernier. Son compte Twitter : @jfaudiguier

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