Alix Howard - Fondatrice de Web Appeal

18 octobre 2013
Alix Howard
‘‘Les modèles boursiers et industriels seront revus en profondeur grâce aux nouvelles idées émergentes : intelligence collective et économie du partage’’

Vous googlelisez-vous souvent ?

Je ne peux pas dire que je sois très préoccupée par mon e-réputation car je fais extrêmement attention en amont à ce qui pourrait être publié sur moi. Cela se résume donc à deux ou trois coups de sonde par an. En revanche, je suis attentive à ce que je peux avoir raté ou à ce qui me donnerait plus de visibilité professionnelle, ou ce qui me permettrait de préconiser à mes clients des solutions que j’ai moi-même expérimentées. Par exemple, en ce moment, je m’interroge sur la finalité de Google Plus. L’outil soulève quelques incompréhensions pour beaucoup de monde : faut-il y aller tête baissée alors qu’il y a encore peu de membres comparé à Facebook ? Quel est l’objectif à terme pour Google ?

Votre première fois sur internet ?

Je ne m’en souviens pas ! Je préfère donc répondre à la question : quel premier souvenir rattachez-vous à internet ? Je me rappelle des premières vidéos marrantes que l’on partageait par mail. En particulier un cartoon dans lequel un personnage gémissait jusqu’à l’extase. On découvrait à la fin qu’un autre personnage ne faisait que lui gratter le dos ! Je me rappelle aussi de la première bande-annonce de l’Age de Glace qui circulait sur le web, mettant en scène ce petit écureuil qui courait après un gland. Finalement ce sont des souvenirs de « petits riens » futiles et surtout de bons fous rires au bureau.

Un site ?

Très spontanément… Facebook, mais pour un usage très ciblé. D’abord, je n’y vais que via mon mobile. C’est pour moi une source d’idées qui me nourrissent. J’ai construit mon compte sur un parfait équilibre entre contacts personnels et professionnels. J’y fais une sélection de personnes créatives, pleines d’imagination, dans tous les registres possibles. Mon compte est souvent un point de départ pour aller sur des blogs, des vidéos, etc… à propos des quels je peux aussi réagir.

Un outil ?

L’outil qui va attirer mon attention en me faisant me demander ce qu’il va devenir par la suite : comment modifiera-t-il notre usage d’internet ? On expérimente tous les jours de nouveaux outils, mais que va-t-il en advenir à terme ? Prenons par exemple l’adhésion au monde numérique des populations senior ou du monde rural. Les seniors se sont approprié les usages numériques, ils comprennent les avantages des services de gestion en ligne, de la dématérialisation des documents administratifs ou de santé. En revanche, un exploitant agricole, qui d’un côté guide son tracteur avec des outils high-tech ou prévoit ses ensemencements avec des outils en ligne, n’a toujours pas franchi le cap de la dématérialisation de ses documents administratifs.

Un projet, un exemple, un acteur à suivre ?

Le web est une course à l’innovation permanente : un nouvel acteur fait parler de lui chaque semaine, chaque jour, tout le temps ! Si on prend un peu de recul, qu’est-ce que cela nous apporte ? Une innovation en pousse une autre. Il est donc difficile de se prononcer pour l’une ou l’autre. Cela nous a pris 20 ans pour répondre à la question « c’est quoi le web ? » Peut-être faut-il surveiller du coin de l’œil les idées qui gravitent actuellement autour du web sémantique.

Ce que vous détestez sur internet ?

Ce que l’on appelle en anglais le « small talk », c’est-à-dire, des bavardages pour parler de tout et de rien, quand ça « papote ». Le web est un lieu d’expression ouvert, je le conçois. Mais lorsque le bruit ambiant brouille inutilement les prises de paroles qui ont du sens, je trouve que cela devient problématique. Des acteurs comme Google se posent sérieusement la question du web sémantique pour faire remonter les informations les plus pertinentes indexées par les moteurs de recherche. Ainsi, les pensées les plus riches pourraient plus facilement et plus naturellement être extraites de la « masse ». La notion de « web sémantique » n’est pas nouvelle. Elle existait déjà au début d’internet. Mais les moteurs ont choisi la voie du tri des résultats par popularité (ndlr : en 1998, Google a créé un écart concurrentiel en basant son moteur sur le « PageRank », un indice de tri prenant en compte les liens reçus par les pages internet comme des vote de popularité).

Contribuez-vous personnellement à internet ?

On me demande souvent pourquoi je n’écris pas, mais je n’ai tout simplement pas le temps d’entretenir un blog ou de contribuer à un site professionnel. De toutes manières, je ne me sens pas prête à le faire. Je veux faire preuve d’humilité : j’estime qu’il y a toujours meilleur que moi et ma parole n’aurait peut-être pas le sens que je souhaiterais lui donner.
A l’heure actuelle, mes prises de paroles sont publiques, lors de conférences ou de cours que je donne à Sciences Po Toulouse. Et puis je préfère le théâtre à l’écrit ! C’est aussi cette notion de partage « en live » qui me stimule.

L’internet de demain, vous le voyez comment ?

Une expression : « intelligence collective » !
Je suis sensible aux nouveaux modèles de partage de la connaissance, ce qui est finalement l’essence du web : regardez l’économie du partage qui se développe actuellement via les systèmes de crowdsourcing (production d’idées ou de travaux par la communauté) et de crowdfounding (financement de projets par la communauté).
Dans quelques années, j’espère que les modèles boursiers et industriels seront revus en profondeur grâce aux nouvelles idées qui germeront de ces principes. Il n’y a qu’à voir le succès d’AirBandB ou du Bon Coin pour s’en convaincre. Internet donnera un autre sens à la valeur « argent » au profit d’autres monnaies, comme l’échange de services. Je pense vraiment que l’humanité prendra ainsi conscience du sens de la relation interhumaine. Cela conduira forcément les entreprises et les industriels à repenser leur place et leur rôle dans la société. Le web permet une perméabilité et une circulation des idées qui se vérifie lors des grèves d’ouvriers au Bengladesh. Autre exemple, Malala Yousafzaï, cette jeune pakistanaise qui s’est fait connaître en racontant sur son blog les persécutions infligées par les talibans aux jeunes écolières.
Je suis consciente que le chemin sera peut-être plus long qu’on ne l’imagine, mais notre génération à un rôle charnière fondamental à jouer sur ce point.

Quel métier web conseilleriez-vous à votre fils ou à votre fille ?

Tout ce qui gravite autour de la création audiovisuelles, du motion design, car je fais parler mon côté créatif (ndlr : Alix Howard a débuté sa carrière comme graphiste). Avant tout « Take care and have fun » sur le web, c’est la philosophie que je veux transmettre à mes enfants.

3 conseils que vous donneriez à un directeur marketing ?

Voilà ce que je conseillerais à un dirigeant préoccupé par l’avenir de son entreprise :
– Prenez le temps de vous arrêter, de prendre de la hauteur de vue.
– Soyez à l’écoute de vos clients et de vos collaborateurs, surtout les plus jeunes.
– N’ayez pas peur et osez !

A propos de Alix Howard :
En activité dans le monde de la communication depuis 1991, immergée dans le web depuis 2002, et après avoir occupé des fonctions de direction commerciale et de consultante web marketing en agences de communication, Alix Howard créé Web Appeal en 2012, cabinet conseil en communication internet et en stratégies de marketing digital. Une ambition principale : déployer des actions à fort retour sur investissement !... Conception de stratégies de visibilité, cross-canal et digitale, assistance à maîtrise d'ouvrage, gestion de projet, formations, accompagnement et suivi sont les métiers de Web Appeal au service des entreprises régionales, PME et PMI, tous secteurs d'activités confondus, ainsi que les collectivités. Alix est également co-présidente de l'association La Mêlée et enseigne depuis 5 ans, notamment à Sciences Po Toulouse et ESC Toulouse. Retrouvez Alix Howard sur Viadeo.

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