Jean-Philippe Da Costa - co-fondateur et président de Tonpsy.fr

9 décembre 2013
Jean-Philippe Da Costa
‘‘Ce qui m'intéresse, ce sont les idées venant bouleverser, voire révolutionner un système de pensée.’’

Cette semaine, nous sortons des sentiers battus en interviewant Jean-Philippe Da Costa, fondateur de Tonpsy.fr, un site qui propose des consultations de psychologie en ligne, et qui génère des débats enflammés sur la pertinence et la légitimité d’un tel service. Nous nous garderons bien de prendre parti sur ce sujet,  mais  nous avons trouvé  intéressant de partager le point de vue métier d’un jeune entrepreneur toulousain du web.

Vous googlelisez-vous souvent ?

J’ai créé mon entreprise sur le web, veiller à mon e-réputation est donc important pour moi : je lance des coups de sonde sur Google deux fois par mois minimum. Le problème c’est que j’ai plusieurs homonymes qui me font concurrence dans les 10 premiers résultats de Google, dont un mort ! Ce n’est pas toujours agréable de voir remonter un avis de décès lorsque l’on tape son propre nom… Je travaille ma visibilité avec mon profil LinkedIn, et surtout les retombées presse liées à mon activité. Je fais une veille manuelle et j’utilise aussi Mention pour gérer mes alertes.

Votre première fois sur internet ?

Je baigne dans le web depuis mes 5 ou 6 ans. Mon père travaille pour la diplomatie brésilienne et nous vivions à l’étranger. Au milieu des années 90, le ministère a commencé à doter son personnel de modems pour rester en contact avec les services brésiliens. J’ai donc toujours eu un PC connecté à internet à la maison. Certes, ce n’était que du 28ko. Mais je me suis vite mis à jouer en ligne à des jeux comme Wolfenstein 3D. Le problème, c’est que je faisais exploser la consommation téléphonique de mes parents. Eh oui, l’internet n’était pas illimité à l’époque.

Un site ?

Reddit.com com sans l’ombre d’un doute ! C’est un service permettant à la communauté de soumettre des articles ou billets de blogs, de voter pour ceux jugés intéressants et de suivre des groupes d’intérêt. On peut dire que c’est l’évolution de Digg (ndlr : Digg est un des sites pionniers du vote communautaire. Les articles les mieux notés apparaissent en Une et gagnent ainsi en visibilité. Les sites s’inspirant de ce système sont qualifiés de « Digg-like.« ).  Personnellement, je suis un groupe dédié aux start-ups. Les informations sont la plupart du temps tirées de sources anglo-saxonnes. L’intérêt est de pouvoir prendre connaissance d’une news sectorielle qui ne sera publiée que le lendemain sur les journaux en ligne français comme 01.net.

Un outil ?

Le travail collaboratif est devenu une priorité des équipes de Tonpsy.fr. Créer des documents communs, les modifier à plusieurs mains, tout cela offre un énorme gain d’efficacité et de productivité. Nous utilisons donc Google Drive – anciennement Google Docs – pour travailler à 4 personnes en même temps sur des slides, ou un tableur. Microsoft Office est totalement dépassé sur ce point.

Un projet, un exemple, un acteur à suivre ?

Ce qui m’intéresse, ce sont les idées venant bouleverser, voire révolutionner un système de pensée. Soylent est une start-up américaine qui a ni plus ni moins pour ambition d’éradiquer la faim dans le monde en changeant la façon de s’alimenter des individus. Pour ce faire, ils ont créé une solution buvable qui contient l’ensemble des nutriments et calories nécessaires au corps humain. Chaque dose tient lieu de repas pour 3$ ! Je me dis qu’en optant pour cette solution, on peut aussi faire des économies et s’offrir un bon restaurant quand on en a envie.

Ce que vous détestez sur internet ?

Je ne supporte pas la notion « d’IP blocking », le fait de bloquer l’accès à un service pour tout internaute reconnu par son adresse IP comme n’appartenant pas à un pays ou une zone géographique. C’est d’une stupidité folle. Par exemple, un internaute français ne peut pas accéder aux services de vidéos en lignes de Netfix, qui est une offre de tv et films en ligne totalement légale. D’ailleurs, je prends un malin plaisir à contourner le système. Pourquoi ? Parce que c’est absurde, cela va à l’encontre de ce qu’est la culture web : offrir un accès à tout. On pense encore internet comme on pensait les frontières au XXe siècle.

J’ai aussi beaucoup de mal à supporter la publicité en ligne. Elle énerve l’internaute et je ne pense pas qu’elle apporte réellement les résultats escomptés. Des plugins comme AdBlock permettent de passer outre, certes. Mais c’est l’idée même des publicités intrusives, de « retargeting » (ndlr : « reciblage publicitaire ») en fonction de mes centres d’intérêts ou de mes habitudes de surf, qui m’exaspère. Je pense qu’à terme, nous allons avoir de gros problèmes sur les questions de propriété et de gestion des données privées. Jusqu’à quel degré cela va-t-il devenir intrusif ? Je pense que l’on doit trouver un équilibre entre publicité comportementale et respect de la vie privée des consommateurs ; c’est une question d’éthique.

Contribuez-vous personnellement à internet ?

Oui, sur Reddit, où je partage des informations que je juge intéressantes pour la communauté. Mais aussi sur le blog de Tonpsy, où je publie des articles d’opinion. Par exemple, je me positionne contre l’usage de Skype. C’est une mauvaise solution de visioconférence car elle ne garantit pas la confidentialité des échanges : il est en effet relativement aisé de pirater les conversations.

L’internet de demain, vous le voyez comment ?

Je ne le vois pas du tout. Je m’explique : internet sera partout, du conducteur de bus à l’éboueur, l’outil sera donc invisible, comme une dimension nouvelle intégrée à notre vie. Tout sera internet ! C’est pourquoi il est impératif que les gouvernements s’activent pour se préparer à cet état de fait. J’ai participé avec il y a quelques jours, avec Aurore Beugniez de MyFeelBack, à la Conférence Jeunes Entrepreneurs, organisée par l’université Toulouse 1 Capitole : je me suis rendu compte du retard pris par les institutionnels. Leur vision du numérique et des startups est dépassée de 20 ans ! Si les gouvernements ne sont pas assez attentifs et réactifs à l’évolution d’internet, ils perdront la main. A l’heure actuelle, ils se focalisent sur le piratage des contenus, alors que les véritables enjeux se situent au niveau du contrôle des énormes bases de données constituées sur le web. Lorsqu’ils seront définitivement dépassés par la situation, et que le web sera devenu incontrôlable, les États seront contraints d’instaurer une censure totale. Les États-Unis et le Canada ont déjà commencés en signant un accord d’écoutes bilatérales. C’est une sur-réaction qui réduit la vie privée et les libertés publiques des citoyens. Quelles solutions alors ? Ne pas se réveiller dans 5 ou 6 ans : il sera trop tard. Et instaurer un dialogue entre les entreprises privées spécialisées dans le net et les États sur la question de la gestion d’internet et des libertés publiques. Mais je crains que les Etats ne soient pas assez compétents pour dialoguer avec les entreprises.

Quel métier web conseilleriez-vous à votre fils ou à votre fille ?

Je l’ai dit, le web sera partout. Il n’y aura plus de métier dans ou hors internet. Tout métier aura une consonance internet, chacun aura au moins un contact à but professionnel avec le web durant sa journée de travail.

Ensuite, je pense qu’un métier d’avenir est celui de développeur. Il est en capacité de créer ses propres systèmes, et de faciliter la vie de chacun. On peut imaginer, par exemple, la création d’un service de suivi des bus, intégré au mobilier urbain. L’usager pourrait savoir exactement où se trouve son bus et le temps qu’il lui reste à attendre. En plus, les bases de données publiques existent et sont accessibles à tous. Il suffirait de les exploiter.

3 conseils que vous donneriez à un directeur marketing

Je vois deux conseils essentiels que nous nous appliquons à nous-mêmes.

Prenez des stagiaires, même des collégiens en 3ème ! Attention, il ne s’agit pas d’employer de la main d’œuvre à bas coût. Un collégien n’est de toutes manières pas encore assez compétent. En revanche, cela permet d’avoir un regard externe sur son activité professionnelle, plus jeune aussi. Chez Tonpsy.fr, cela nous permet de réexpliquer  notre mode de fonctionnement, notre offre, et donc de nous remettre ponctuellement en question. Si l’on n’arrive pas à expliquer clairement son activité, si elle n’est pas compréhensible pour un stagiaire, c’est que nous-mêmes ne sommes peut-être pas très clairs.

Ensuite, n’ayez pas peur de faire de l’A/B testing, que vous soyez une petite ou une grosse entreprise. Cela vous permettra de recibler vos projets, d’avancer, voire d’innover. C’est d’autant plus important qu’avec le temps nous nous construisons des idées préconçues sur nos cibles, notre marché, et que nous ne comprenons plus pourquoi un produit ne fonctionne pas. Il faut sans cesse remettre en question ses a priori marketing pour avoir un regard neuf sur son activité

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A propos de Jean-Philippe Da Costa :
Maîtrise de psychologie en poche, Jean-Philippe Da Costa cofonde Tonpsy.fr, dont il est aussi le président. Expert en marketing opérationnel et voyageur infatigable, il est aussi fan des chocolatines dans de belles poches ! Suivez-le sur twitter: @mech1987

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