Olivier Andrieu - Consultant SEO - Abondance.com

8 juin 2015
Olivier Andrieu
‘‘Conseil du meilleur référenceur français : dégagez du temps pour produire des contenus afin d'acquérir une visibilité pérenne sur les moteurs de recherche.’’

Olivier Andrieu serait-il devenu toulousain ? Invité le 2 juin dernier par l’AREVADE (Association Régionale des Entreprises de Vente À Distance et de E-commerce du grand Sud) pour donner à Toulouse une conférence exclusive sur le référencement naturel, Olivier a aimablement consacré un peu de son temps à répondre à 52Regards.fr. Voici la synthèse de ces riches échanges.

Vous googlelisez-vous souvent ?

Jamais ! J’ai 20 ans de métier dans le web, ce qui se traduit pour ma personne par un important volume d’informations sur les moteurs de recherche. Si quelqu’un souhaite dire du mal de moi, il y a donc peu de chances que ses propos atteignent les premiers résultats de Google.

Ensuite, mon image semble plutôt positive. Mon objectif est d’avancer, de faire bouger les choses, de communiquer par mes bouquins, mon site… Nous ne sommes plus à une époque où l’on restreint l’accès à l’information. Ce n’est plus la possession de l’information qui donne du pouvoir, mais bien sa diffusion. Tout ce que j’apprends, je le diffuse donc et cela concoure à ma réputation.

Votre première fois sur internet ?

J’ai passé une dizaine d’années à travailler sur le minitel. Puis, à partir de 1992, j’ai eu une période professionnelle pendant laquelle j’ai fait de la veille technologique pour les organismes publics et parapublics. C’est dans ce cadre que j’ai été invité en 1993 par l’université Louis Pasteur de Strasbourg à une présentation de Mosaic, un des tous premiers navigateurs web, bien avant Netscape et compagnie. Ce que j’en retiens : avoir pu visualiser une carte de France en couleurs et interagir avec la souris… C’était extraordinaire à l’époque ! Cette année-là, le web était vraiment lancé : cela m’a incité à me mettre à l’HTML et cela a été un véritable coup de foudre.

Un site ?

Search Engine Land, LE site de référence sur l’information SEO, car c’est son éditeur, Danny Sullivan qui m’a donné envie de créer en France mon métier de consultant SEO. Abondance et sa lettre abonnés est d’une certaine manière mon hommage à Danny Sullivan.

Aux Etats-Unis, Google a compris comment travailler avec les professionnels du SEO : Google collabore avec Search Engine Land qui publie de vraies et bonnes informations. Ils sont dans une logique d’échanges constructifs, non de déclarations unilatérales sur les évolutions de leur algorithme. C’est pour cela que c’est l’outil de veille parfait pour les professionnels du référencement naturel.

En Europe, les représentants de Google ont peu le droit de communiquer sur les évolutions du moteur et, lorsqu’ils le font, c’est désastreux et ils se font taper sur les doigts par la profession. (NDLR : voir à ce sujet le point de vue d’Olivier Andrieu (Abondance.com) sur la communication de Google Europe lors du lancement de la mise à jour Google Mobile).

Un outil ?

Web Developer, un module qui fonctionne sur FireFox et Chrome, et que j’utilise tous les jours : je n’ai pas trouvé mieux pour réaliser un audit de site, creuser le code, faire sortir les balises… Il existe bien des outils automatisés d’audit SEO, mais ma méthode est totalement manuelle dans la mesure où je ne fais pas le référencement naturel de mes clients, je les forme à le faire. Mon job, c’est le conseil : personne ne connaitra aussi bien son métier, ses concurrents, ses enjeux marketing que mon client. S’il souhaite un bon référencement, c’est à lui de travailler dessus.
De fait, j’agis souvent en one shot, je ne suis donc pas collé au quotidien sur le ranking Google. Je renouvelle ainsi mes clients, les problématiques auxquelles je suis confronté, et je continue d’apprendre.

Un projet, un exemple, un acteur à suivre ?

Je citerai Qwant, un moteur de recherche alternatif français. Pourquoi ? Parce que, sur le papier, je trouve qu’il n’est ni normal, ni sain pour l’économie du web que Google n’ait pas de concurrence digne de ce nom. La concurrence pousse à l’excellence : même Google en a besoin.

Mais le problème de Qwant, c’est leur communication maladroite : leur lancement a été catastrophique. Ils ont été trop pressés, ont fait trop d’annonces de lancements de fonctionnalités, sans être prêts. Je ne dis pas que leur outil est mauvais, et je n’ai qu’une envie, c’est qu’ils se développent. Mais il faut reconnaitre qu’au bout de 2 ans, ils ne sont même pas à 0,1% de part de marché en France. C’est symptomatique : ils auraient dû décoller.

Je suis pourtant persuadé qu’il y a de la place dans chaque pays pour un moteur national alternatif. Regardez Seznam en République Tchèque qui parvient à atteindre 21% de part de marché face à Google. Avec 10 à 20% de part de marché, un moteur de recherche national serait tout à fait rentable.
Sur le principe, je trouve anormal que les autorités françaises ne supportent pas un acteur ou une start-up dans le search : en définitive, tout le monde a peur de Google au point d’en être paralysé.

Ce que vous détestez sur internet ?

Les bourrins qui font du SEO sans aucun recul, avec une vision court-termiste et purement vénale de leur métier. Référenceur, c’est un métier méconnu, ce n’est pas une science exacte, c’est compliqué, et sans garantie de résultat : alors on n’a pas besoin de personnes qui garantissent la lune à leurs clients, en profitant de leur méconnaissance du métier, pour prendre l’argent et s’en aller.

C’est pour cela que le métier a des difficultés à décoller. Pour le client, comment faire le tri ? Le SEO est difficilement mesurable, il a donc besoin de crédibilité. C’est ce que je tente d’apporter, comme tant d’autres.

Comment contribuez-vous à internet ?

Pour paraphraser Socrate, « je ne sais qu’une chose, c’est que je ne sais rien ». Je suis sur le web pour communiquer au plus grand nombre ce que j’apprends chaque jour. J’essaie d’offrir le spectre le plus large possible de connaissances sur le SEO, et pour toutes les bourses, du gratuit (Abondance.com) à l’abordable (lettre professionnelle, guides pratiques, DVD…). Voilà ma petite contribution à internet : de l’information fiable pour expliquer au plus grand nombre le référencement naturel et leur offrir un savoir de base.

L’internet de demain, vous le voyez comment ?

Il serait intéressant de lire ce que les gens disaient sur l’avenir du web il y a ne serait-ce que 10 ans. En effet, un prospectiviste me racontait un jour qu’internet avait détruit son métier : le web a accéléré les processus d’innovation et on peut facilement vérifier si les prédictions des penseurs de l’avenir se sont révélées exactes ou farfelues bien avant leur mort !

Si j’opte pour un point de vue pessimiste, je dirais que le web se dirige dangereusement vers un avenir à la big brother. Eric Schmidt, l’ancien PDG de Google, a bien déclaré sans sourciller que les données personnelles étaient une notion qui avait vécu.

Si je choisis l’optimisme, je regarde l’ouverture à l’information qu’a permis internet : comment avons-nous pu vivre sans le web ? Mais je suis bien incapable de dire à quoi il ressemblera dans 10 ou 30 ans.

En revanche, je peux m’avancer sur mon domaine d’expertise. Google a une ambition : devenir un moteur de réponses, c’est-à-dire, collecter toutes les informations accessibles pour parvenir à fournir des réponses exactes aux questions des internautes, non les classiques liens en bleu. Et le géant de Mountain View a déjà pris ce chemin. Dans son environnement, 82% du contenu des résultats de recherche placé au-dessus de la ligne de flottaison (NDLR : tout contenu visible à l’écran sans faire défiler la page) correspond à une réponse : c’est le Knowledge Graph, cet encart informatif qui donne une adresse, la fonction d’une personne, les caractéristiques d’un monument, d’un objet ou les informations nutritionnelles d’un aliment…

C’est parfait pour l’internaute, mais est-ce la bonne réponse ? D’où Google a tiré ces informations ? La source est-elle fiable, même si actuellement elle provient de Wikipedia, ou Freebase, une base de données sémantique collaborative rachetée par Google ? J’ai peur qu’il y ait un risque réel de pensée unique ; c’est un point sur lequel nous devrons être vigilants à l’avenir. Et puis, y aura-t-il encore des liens bleus dans les résultats de recherche si Google apporte directement à l’internaute la réponse à sa requête ?

Quel métier du web conseilleriez-vous à votre fils ou à votre fille ?

J’ai deux filles d’une vingtaine d’années. Ce qui m’importe, c’est qu’elles fassent le métier qu’elles aiment. Mes parents étaient eux-mêmes médecins. Préoccupés par l’évolution mercantile de leur métier, ils m’ont conseillé de faire tout ce que je souhaitais, sauf médecin.

Dans le contexte économique actuel, suivre ses passions et avoir la chance de faire qu’on aime est plutôt rare. Mes filles travaillent hors internet, elles s’éclatent et j’en suis très heureux. Elles connaissent bien entendu mon métier, mais le web reste un outil pour elles. Point.

3 conseils que vous donneriez à un directeur marketing ?

1. Pensez le SEO en amont de la création ou la refonte de votre site, c’est tellement plus simple, efficace et moins cher que de mettre des rustines après coup.

2. Formez-vous un minimum : le SEO, ce n’est pas compliqué, ce ne sont que des règles à respecter ou appliquer. Donc, lisez, documentez-vous, comprenez les fondamentaux. Il vous sera ensuite plus simple de travailler avec une agence. Si vous ne comprenez pas les ressorts du référencement naturel, vous ne savez pas où vous allez.

3. Produisez du contenu pour devenir un acteur légitime dans votre domaine. Obtenir de la visibilité passe par des contenus de qualité : fini les sites plaquettes ! Il n’est pas nécessaire d’avoir de gros budgets, mais les notions de temps, de qualité et de bon sens sont cruciaux : dégagez du temps pour produire des contenus et acquérir une visibilité pérenne sur les moteurs de recherche. Vous devez comprendre que plus votre entreprise est dépendante du web, plus vous devrez vous impliquer en offrant à vos cibles les contenus qu’elles attendent. Bien entendu, travaillez en fonction des contraintes de Google (balises, liens, structure de votre site…), mais si vous oubliez l’internaute, vous courez à l’échec.

A propos de Olivier Andrieu :
On ne présente plus Olivier Andrieu, sacré meilleur référenceur français selon un sondage réalisé auprès des professionnels du SEO par le Journal du Net. Fondateur du site d'informations SEO Abondance.com et de la lettre professionnelle "Recherche Référencement", Olivier partage son temps entre la rédactions d'ouvrages de référence tel Réussir son Référencement Web, l'édition de guides pratiques sur le référencement, et bien entendu le conseil aux entreprises sur leur visibilité internet.
1 Comment On This Topic
  1. Les Résoteurs
    on Juin 8th at 21 h 38 min

    J’aime beaucoup cet interview. Je vais d’ailleurs m’en servir pour mes prochaines formations SEO. Le dernier point de l’interview est exactement ce que je disais ce matin aux candidats.
    Merci pour ce bel article.


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